[CONTRIBUTION] Pour la création d’un cercle de réflexion (Alain Coulombel)

Pour la création d’un cercle de réflexion et de formation autour de la pensée et des controverses écologiques »

Par Alain

 

1) Une nécessité vitale : penser ensemble et se former

 

« Ce qui nous arrive est un épuisement de la pensée de l’Un et d’une destination unique du monde : cela s’épuise dans une unique absence de destination, dans une expansion illimitée de l’équivalence générale ou bien, par contrecoup, dans les soubresauts violents qui réaffirment la toute-puissance et toute-présence d’un Un devenu – ou redevenu – sa propre monstruosité » (Jean Luc Nancy)

 

Face à cette situation (l’épuisement de la pensée de l’Un, de nos certitudes ou de nos grands systèmes de représentation du monde) un certain désarroi s’est installé au cœur de nos sociétés qui ne savent plus très bien à quel saint se vouer. Or, face à cette situation, nous ne pouvons que constater et regretter l’absence de place, au sein de notre formation politique, pour la réflexion et l’interlocution.

 

En dehors de nos JDE, qui sont le seul moment où nous prenons le temps (en particulier dans les ateliers ou dans les plénières) de débattre de certains sujets écolos, sans jamais néanmoins ouvrir de véritables controverses théoriques, il n’existe aucune structure ou aucun lieu susceptible de répondre aux besoins de formation théorique des adhérents/militants/coopérateurs. Or il ne peut y avoir de propositions politiques sans un travail de fond préalable.

 

Réarticuler la pensée (sous toutes ses formes) à la pratique politique est une nécessité vitale, à un moment où nous subissons massivement le prêt à penser des médias et des « appareils idéologiques d’État ».

 

C’est à cela que ce cercle de réflexion et de formation écolo pourrait servir.

 

2) Eloge de la controverse

 

« Discussion argumentée, contestation sur une opinion, un problème, un phénomène ou un fait ; p. méton. ensemble des éléments divergents ou contradictoires du débat » (Trésor de la langue française)

 

Face à la complexité du monde contemporain dominé par l’emprise de la pensée calculante, retrouver l’esprit de la controversia (désignant un différend profond entre deux positions) ou de la disputatio (évoquant plutôt une discussion amicale), cette technique du débat, associant l’art du dialogue et l’art de l’argumentation, est devenu vital.

La controverse était, hier, l’expression de l’indispensable échange des idées, de la confrontation des opinions, le refus du dogmatisme ou de l’arbitraire. Pensée méditante contre pensée calculante ? Pensée émancipatrice contre l’autorité de la pensée ?

 

Dans un monde sujet aux simplifications ou aux oppositions factices, la controverse doit contribuer à éclaircir les enjeux et nourrir l’esprit critique. La controverse peut être de nature religieuse ou spirituelle, politique, juridique, philosophique…Peu importe. Les controverses sont nombreuses et traversent l’histoire des sciences sociales comme des sciences exactes. Elles expriment un processus conflictuel susceptible d’éclairer les différentes facettes d’un même problème. Ces divergences, nous n’en avons pas peur. Bien au contraire. Elles éclairent notre présent et lui donnent le relief dont nous avons besoin. Le monde n’est ni plat, ni creux, ni simple, ni homogène. Il se donne à voir et à penser à travers la richesse et le prisme de toute controverse authentique et sérieusement argumentée.

 

3) Mettre en place des journées de la controverse : formation et propositions

 

Ces journées seraient organisées autour de 2 séquences distinctes et complémentaires :

  • Une première séquence (½ journée) serait dédiée à la présentation théorique de la controverse
  • Une seconde séquence (½ journée) développerait les conséquences programmatiques (les propositions) de la controverse

 

A titre indicatif, quelques thèmes :

 

Vivre à l’âge du capitalisme « artiste » ou le nouvel esprit du capitalisme ?

 

Démocratie et société de surveillance ?

 

Du salariat au précariat ? quelle place pour le travail dans un univers dominé par la précarité ? Les évolutions du droit du travail sont elles préoccupantes ?

 

A l’âge de la globalisation – peut-on parler d’une crise de la souveraineté/citoyenneté/de la civilité? Comment rebâtir une citoyenneté nouvelle ?

 

Habiter la terre, habiter le monde, habiter la cité : la crise n’est elle pas aussi une crise de l’habiter ?

 

L’ humanisme face au corps augmenté : les dangers ou les opportunités du transhumanisme ?

 

L’écologie politique à l’heure de l’Anthropocène ?

Alain Coulombel