[CONTRIBUTION] La sociocratie : un nouveau souffle démocratique (Bernard Martin)

« La sociocratie : un nouveau souffle démocratique »

Par Bernard

EELV, Une organisation politique qui consolide sa démocratie intérieure et revitalise le paysage politique du local au global. C’est ainsi que j’identifie l’apport d’une part, de la sociocratie, et d’autre part de l’archipel politique dans notre motion.

Ce n’est pas un calcul pour gagner des voix, que je vous propose, mais d’y venir effectivement, car en effet, cela se met en œuvre sur mon secteur, en tant que secrétaire du groupe local, dans le cadre des élections municipales, mais aussi me semble-t-il, sur d’autres territoires et je vois bien cela se développer, demain, pour les régionales et plus loin encore.

J’ose croire que nous sommes capables d’opérer la mutation, qui fait passer d’un état de vers à celui du papillon. L’intérieur et l’extérieur constituant un peu cette chrysalide qui transforme réellement et permettra l’émergence d’une capacité de transformation de la manière de faire de la politique dans notre parti.

Alors quels sont donc ces apports structurels qui peuvent avoir autant d’importance ? Il me faut en dire plus, vous êtes impatient-e. Je commencerais dans ce premier article par vous parler de la sociocratie, plus exactement du mode de fonctionnement sociocratique qui est en mesure de mettre en cohérence notre discours sur l’intelligence collective et nos actes.

Consolider notre démocratie intérieure, c’est tenir compte effectivement de notre intelligence collective par une gouvernance partagée et mettre fin au vedettariat et à la course au pouvoir individuel. La sociocratie relève le défi de nous permettre de franchir les affres d’un passé aux obstacles affreusement dommageables. Le but de la sociocratie est de permettre de prendre la meilleure décision possible au bénéfice de tout le monde. La sociocratie nous propose d’organiser le travail de nos groupes, pour les décisions importantes, du local jusqu’au BE, sur la base de règles simples comme le vélo au départ du déséquilibre à la liberté : chaque groupe fonctionne comme un cercle au sein duquel chacun, bienveillant, peut faire une proposition qui sera examinée, lors d’un tour de tous les membres du cercle, sans exception, aidé par un (e) facilitateur (trice) et un (e) secrétaire (e), permettant à la proposition d’être soit amendée et bonifiée par l’expression de tous les membres, soit d’être objectée avec une nouvelle proposition, pour qu’à la fin, il n’y ait plus aucune objection et un consentement effectif de tous les membres qui auront effectivement exprimé leur avis, leur réaction et leur éventuel objection. Ce processus est organisé par le facilitateur.

Je vous en livre quelques détails en vous expliquant le rôle du facilitateur aidé du secrétaire. Il fait circuler la parole et il veille au respect des étapes. Au départ : une proposition par un membre ou par des membres du groupe : claire et courte pour être efficace.

Etape 1  : Tour de cercle pour dire : – oui pour un besoin de clarification ou – non je suis d’accord. Le facilitateur donne ensuite la parole à ceux qui ont ce besoin et le proposant répond. Le facilitateur vérifie que la réponse est comprise

Etape 2 : Tour de cercle: oui pour un besoin de réagir ou non pas de besoin. Le facilitateur donne la parole à ceux qui ont besoin de réagir : critiques positives ou négatives pour améliorer la proposition, ou faire une autre proposition. On peut réagir sans objecter, c’est-à-dire refuser la proposition à l’étape 3 car le proposant peut amender ou modifier sa proposition suite aux réactions.

Etape 3 : tour de table pour voir si objection : c’est-à-dire refus de la proposition, éventuellement bonifiée à l’étape 2 et pourquoi. Après le tour des objections le facilitateur demande si celui qui objecte a une contre- proposition. Si oui, on refait un tour de réaction de l’étape 2 pour cette contre-proposition, puis le facilitateur vérifiera, par un nouveau tour de table l’étape 3, si se manifeste une objection, c’est-à- dire qu’une personne dise non, je ne suis pas d’accord à cette nouvelle proposition.

Etape 4 : écriture de la nouvelle proposition, vérification de l’accord et promulgation.

Etape 5 : on célèbre ensemble et ensuite on peut faire un retour d’expérience. Il y a là des règles qui permettent enfin l’émergence d’une capacité d’expression réellement collective et coconstruire et chacun peut être force de proposition mais aussi devenir facilitateur. A la différence du vote oui non (et du 50% + 1= schéma binaire), le groupe prend en compte « l’imperfection » de la proposition. La recherche du consentement est un processus d’amélioration de la proposition initiale oui, mais sous telle condition…, non, parce que… = traitement collectif de toutes les objections.

Entre les différents groupes et niveaux il n’y a plus de hiérarchie mais la participation réciproque d’un membre de chaque cercle qui délivre l’accord de la proposition acquise faisant l’objet d’un consentement partagé par tous les membres de son groupe.

Le second point clef de la sociocratie supprime le risque du moi je, la fin de la course au pouvoir individuel, qui met en avant celle ou celui qui s’exprime le plus fortement. Il s’agit de l’élection à une fonction sans candidat (e) auto désigné(e). Le processus est complémentaire à la prise de décision sociocratique. Le groupe définie les caractéristiques de la fonction à occuper. Une fois celles-ci définies de manière sociocratique, chaque membre note la personne dont il pense qu’elle a les qualités répondant au profil défini ensemble. Ensuite le facilitateur permet à tous de s’exprimer sur le choix d’une personne présente ou absente, puis dans un second tour de cercle, chacun (e) justifie les raisons de son choix, en fonction des critères définis. Chaque membre peut, tenant compte de ce qui se dit, changer le nom de la personne qu’il avait proposé, pour finalement aboutir à un consentement collectif sur le choix de la personne qui est la plus en adéquation avec le profil identifié collectivement. Ensuite il s’agit de vérifier que la personne retenue est d’accord pour occuper le poste qui lui correspond et trouve une assise sans objection et avec un consentement collectif. L’adéquation entre la fonction est le profil sont donc l’expression d’une décision réellement collective et non le résultat d’une course interne au poste.

Un fonctionnement sociocratique, pour les décisions importantes, permet l’expression de prises de décisions réellement concertées, réellement coconstruites et mettant réellement l’intelligence collective au service du groupe.

A cette forme de prise de décisions, notre motion ne cherchera pas à écraser ou entrer en compétition avec les autres acteurs qui partagent effectivement un socle de valeurs clairement identifiées collectivement entre ces différents acteurs qu’ils soient politiques ou associatifs. Ce sera l’objet de ma seconde contribution sur  l’archipel politique.

Bernard Martin
le 21 octobre 2019